Publié le 21 mai 2026 Mis à jour le 21 mai 2026

« Le moustique-tigre, révélateur du décalage entre action publique institutionnelle et adaptations citoyennes dans la construction des problèmes publics »

Cette thèse interroge la manière dont Aedes albopictus, ou moustique-tigre, s’est progressivement imposé comme un problème public en France hexagonale. Espèce invasive et vecteur de maladies (dengue, chikungunya, Zika), il est aussi perçu comme une nuisance domestique du quotidien, intrusive et persistante. 
 
L’analyse repose sur une enquête mixte conduite en Occitanie, combinant entretiens auprès d’acteurs institutionnels et de citoyens, ainsi qu’un questionnaire diffusé à l’échelle régionale. L’étude met en évidence deux logiques d’action. La première, institutionnelle, repose sur une organisation multi-niveaux (État, ARS, agences spécialisées, collectivités) orientée vers la prévention sanitaire et la lutte anti-vectorielle. Elle est structurée par une temporalité longue, des dispositifs techniques et un cadrage biomédical du risque. La seconde, plus nuancée, relève d’une « action publique informelle » portée par les citoyens, qui qualifient d’abord le moustique-tigre comme une gêne sensible et perturbation ordinaire. 
 
Leurs réponses prennent la forme de pratiques situées : gestes de protection individuels, échanges de proximité, initiatives locales ou collectives. En adoptant une approche pragmatique, nourrie par la sociologie des problèmes publics et des épreuves, cette thèse montre que ces deux registres peuvent se déployer de manière parallèle ou s’entrecroiser, parfois en complémentarité, parfois en tension. L’écart entre cadrages institutionnels et expériences vécues révèle la pluralité des représentations du moustique-tigre : à la fois risque sanitaire abstrait et nuisance concrète. 
 
Le moustique-tigre apparaît ainsi comme un révélateur des reconfigurations contemporaines de l’action publique. Il illustre les difficultés à transformer une nuisance domestique en enjeu collectif, et montre que la légitimité des politiques publiques ne peut reposer uniquement sur l’expertise scientifique et la régulation descendante. Celle-ci dépend de leur capacité à reconnaître et intégrer les connaissances, les expériences sensibles et les logiques d’adaptation ordinaires des citoyens. En ce sens, la thèse propose de penser la gouvernance du moustique-tigre comme un processus de co-construction, où se redéfinissent les frontières entre sphère privée et sphère publique, entre expertise et vécu, entre prévention institutionnelle et pratiques citoyennes.

La soutenance se déroulera devant un jury composé de : 
 Monsieur Patrick PERRETI-WATEL - Inserm (rapporteur)
Monsieur Jocelyn RAUDE - EHESP (rapporteur)
Monsieur Cyril LEMIEUX - EHESS (examinateur)
Monsieur Philippe TERRAL - Cresco (directeur de thèse)
Monsieur Geoffrey CARRERE - Certop (codirecteur)
 
Date(s)
Le 26 mai 2026
Lieu(x)
Toulouse
Faculté de médecine Rangueil 
133 route de Narbonne, 31400 Toulouse 
Salle des Thèses

Le lien suivant pour suivre la soutenance à distance : Soutenance de thèse en sociologie : Mélissa MANNUCCI | Réunion-Joindre | Microsoft Teams